Le Dingue au bistouri par Yasmina Khadra

L’objet

Le dingue au bistouri de Yasmina Khadra

La rencontre

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de Khadra : environ un an et demi, la dernière fois j’étais à Mayotte. Son écriture me manquait, j’ai donc tapé son nom sur Wikipédia, vu que son premier roman publié en tant que Yasmina Khadra (il a aussi écrit sous son vrai nom Mohammed Moulessehoul) est le Dingue au bistouri. J’ai donc fissa commandé ce dernier mais aussi son conte philosophique, l’Olympe des infortunes.

Le narrateur

C’est le personnage principal de l’histoire, le commissaire Llob. Désabusé, drôle, ce policier algérois, on a affaire à un San Antonio pudique. Son regard et son analyse sur les personnes et les situations m’ont fait mourrir de rire, ému et intéressé et ce seulement en environ 150 pages.

Le contenu

C’est l’histoire d’un commissaire d’Alger -marié et père, sous les ordres d’un parachuté et assisté par un Lino, trop amoureux des femmes mais clairvoyant sur les relations humaines- qui reçoit l’appel d’un assassin qui s’apprête à passer à l’acte.

Au travers de l’enquête, Llob nous décrit son Alger de la fin des années 80, celui des gamins délaissés et désœuvrés, celui des survivants du quotidien, celui des villas cossues qui s’élèvent au pied de la misère et bien d’autres encore.

L’assassin est un prétexte à la description du commissaire Llob,au déversement de ses pensées et de son regard sur ses contemporains, mais un superbe prétexte qui prendre fin dans une course-poursuite dans les rues d’Alger.

Mon plaisir

Je suis fan de l’écriture de Yasmina Khadra et j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez lui entre autres le style, le rythme, le vocabulaire.

Il y a une chose chez lui que j’apprécie par dessus tout : j’ai toujours l’impression qu’il s’adresse à mon intelligence en même temps que j’apprends. Par exemple dans ce livre, j’apprends pourquoi on utilise plutôt le tutoiement que le vouvoiement chez « l’arabe » comme il dit. Et il nous distille deci-delà des analyses qui sont confondantes de vérité comme sa vision du Raï (page 120, si vous le prenez chez « Jai lu »).

Que du plaisir.

Terroristes : les 7 pilliers de la déraison par Marc Trévidic

L’objet

Terroristes : Les 7 piliers de la déraison de Marc Trévidic.

La rencontre

Après les attentats de novembre, j’ai eu besoin de comprendre comment la justice luttait contre le terrorisme. J’ai entendu, comme beaucoup, Marc Trévidic juge au pôle antiterrorisme du tribunal de grande instance de Paris s’exprimer ici et là ces dernières années. Je me suis donc procuré l’une de ces publications.

Le narrateur

C’est Marc Trévidic himself. Le style est épuré j’ai trouvé, simple sans qu’on ait l’impression d’être pris pour des idiots. Ne serait-ce que pour la clarté, je relirai du Trévidic (j’attend juste que le dernier passe au format de poche).

Le contenu

On alterne entre constats et petites histoires où le juge antiterroriste nous raconte la justice, les services secrets, les petites histoires de terroristes mais aussi la grande histoire. Ce livre ne traite pas tant de l’organisation du terrorisme mais des terroristes en tant qu’hommes et femmes et des personnes qui ont affaire avec ceux-ci que ce soit un policier ou un président des États-Unis.

On rencontrera le petit français qui se bat pour une cause fantasmée qui va terminer en prison alors que son recruteur bien mieux préparé, lui, sait comment se jouer de la justice. On s’intéressera aussi aux jeunes filles qui cherchent un « vrai musulman » et qui se rendront compte, une fois le mariage consommé, que leur hijra (l’émigration d’un musulman d’un pays non-musulman vers un pays musulman) ne pourra se faire car la guerre au final c’est une histoire d’hommes et qu’il va falloir rentrer chez papa-maman car la seule solde du bon petit terroriste, c’est le martyr.

En première lecture, le livre prend le parti de l’humour et je me suis surpris à rire, mais on redescend bien vite car au final on se rend compte que ces histoires sont dramatiques.

Mon plaisir

J’aime les nouvelles surtout depuis ma période Asimov (qui n’a toujours pas pris fin : j’ai relu récemment le cycle de Fondation pour la cinquième fois, avec les préquelles/préquels), et les petites histoires racontées par Trévidic sont à la fois drôles et alarmantes.

Je recommande vivement : à lire et à relire.

Suivez Morten Storm, un Agent au cœur d’Al-Qaïda

Ceci est mon premier article littéraire, dans le sens où c’est la première fois que je publie sur un livre que j’ai lu. Je n’ai pas encore défini ma méthode de partage littéraire, elle s’affinera au fil des articles ou pas. Soyez indulgent, c’est un lieu commun certes mais n’oubliez pas que c’est juste un avis parmi tant d’autres.

L’objet

Agent au coeur d’Al-Qaïda de Morten STORM (Auteur), Paul CRUICKSHANK (Auteur), Tim LISTER (Auteur), Eva VILAR (Traduction)

La rencontre

C’est dans la gare SNCF de Bellegarde que j’ai rencontré ce livre. Techniquement, il ne m’appartient pas, car c’est mon compagnon de voyage qui s’est acquitté des formalités pécuniaires. C’est la quatrième de couverture qui a fini de nous décider. C’est seulement quatre mois plus tard, que je me suis enfin décidé à faire plus ample connaissance avec l’objet du délit.

Le narrateur

C’est Morten Storm, lui-même. Ses dires, sont vérifiés au mieux par les deux reporters de guerre de CNN que sont Paul Cruickshank et Tim Lister. En note de début d’ouvrage, ces derniers nous expliquent leur méthodologie. Le style est simple, les faits, les faits et la psychologie du narrateur sont à l’ordre du jour. Excepté certains passages comme celui qui traite de son renoncement à l’Islam (je ne dévoile rien, vous trouverez cette révélation un peu partout sur la toile) on est tenu en haleine à tel point qu’à certains moments j’ai eu l’impression d’être aux côtés l’ami Morten.

Le contenu

Que ce soit sa jeunesse, sa conversion, son retournement de thawb et sa relation avec les agences de renseignements tout m’a plu. C’est l’histoire d’un homme, tourmenté, qui s’est cherché et qui d’après moi ne s’est pas toujours trouvé, pas même après avoir vécu toutes ses aventures. Il n’est pas manichéen : il n’y a pas d’un côté les méchants terroristes assoiffés de sang et de l’autre des gentils qui veulent le bien de l’humanité. Son attachement à Anwar Al-Awlaki et à sa femme Aminah (dont il a été le marieur) nous laisse comprendre que même s’il devient diamétralement opposé à leurs idées il n’en reste pas moins un être humain qui s’attache aux autres.

Il y a des passages qui m’ont faire rire. Par exemple, du jour où il renie sa foi musulmane il se jette à pleines dents sur du porc et descend une bouteille de bière. Étant musulman et n’ayant jamais consommé de ces deux produits je ne peux pas comprendre mais j’imagine que ce doit ressembler à la façon dont mon neveu se jette sur la nourriture et les boissons sucrées à la tombée de la nuit après une journée de jeûne (ramadan) en période de canicule. D’autres passages sont gênants, je pense surtout à certains agents de renseignements qui correspondent aux clichés de luxure et de malhonnêteté décrits pas certains terroristes.

Je connais certains croyants qui sont très arrêtés dans leurs idées et d’après ce que j’ai pu voir de ce monde ce n’est pas circonscrit à l’Islam ni à la religion ; je pense à la politique et au football entres autres. Ce qui fait peur c’est que la frontière entre l’exigence de soi et la volonté d’imposer ses points de vue à l’autre ressemble fortement à l’espace Schengen. Malgré tout je trouve que ce témoignage s’est évertué à n’aborder que l’état d’esprit de Morten Storm, les faits et son avis. On est pas ici dans un débat : faut-il être musulman ou non ? J’ai aimé cet aspect.

Mon plaisir

J’ai adoré (cela va faire tilter certains musulmans mais pour rappel adorer est polysémique) lire ce livre. Ce n’est pas du style d’un Yasmina Khadra ou d’un Maupassant et je ne pense pas que ce soit l’objectif. Néanmoins on est tenu en haleine d’un bout à l’autre de la narration. Je n’ai constaté que deux passages à vide pour ma part : sa conversion et son renoncement. Mais je pense que c’est dû au fait que c’est de l’ordre de l’intime, de l’intime conviction même.

Je conseille vivement la lecture de ce livre à tout le monde, même au geeks (et pourquoi pas cette catégorie de « population » ?). Ah oui et juste un rappel : les premières victimes(1 et 2) du terrorisme (dit) musulman ce sont les musulmans eux-mêmes…